Open Access Week : interview de Françoise Prêteux, directrice de la recherche de l'École

25 octobre 2018

À l’occasion de l’Open Access Week, semaine internationale du libre accès, interview de Françoise Prêteux, directrice de la recherche de l'École des Ponts ParisTech, en complément des actions sur le terrain conduites par la Direction de la Documentation.

Quels sont les bénéfices pour l'École de développer une démarche d’Open Science ?

Au-delà de la nouvelle opportunité de diffuser la connaissance, il en va du rayonnement et de l’impact sociétal de nos chercheurs et de nos partenaires. Pour preuve, les articles en libre accès reçoivent 39% de citations de plus que ceux qui le sont derrière un paywall (accès payant).

Meilleure visibilité, facilité de transfert et diffusion favorisent également le développement de collaborations et la création de liens entre communautés. L’Open Access est indéniablement un moyen pour l’École d’accroître la valeur de sa recherche pour la société.

L’École des Ponts ParisTech est déjà très active en faveur du libre accès aux publications, comment pensez-vous qu’elle puisse encore progresser ?

L’École est en effet pionnière. Cela fait plus de 10 ans que, grâce à sa Direction de la Documentation, elle sensibilise et encourage les chercheurs à partager leurs travaux auprès du plus grand nombre.

Au dernier recensement, pour la période 2013-2017, 54% des articles publiés par les chercheurs des laboratoires de l’École des Ponts ParisTech sont disponibles en Open Access, par la voie Gold, c’est-à-dire directement via l’éditeur (avec ou sans frais), ou la voie Green, via une archive ouverte (HAL surtout, mais aussi ArXiv par exemple). Cette performance à saluer est le résultat de la mobilisation et l’adhésion des chercheurs à la démarche.

Pour progresser, nous avons plusieurs effets de levier à actionner en parallèle :  

  • Continuer à sensibiliser les chercheurs aux retombées positives du libre accès : c’est un travail de fond porté conjointement par la Direction de la Documentation et la Direction de la Recherche de l’École ;
  • Aider les chercheurs, en s’appropriant les outils mis en place par le pôle IST de la Direction de la Documentation, à respecter notre Mandat pour le partage de la science, en totale cohérence avec les droits dont bénéficient les chercheurs grâce à la Loi pour une République Numérique. Les chercheurs doivent publier dans des revues en Open Access ou déposer leurs travaux dans une archive ouverte. Dans une très grande majorité de cas, la Loi autorise en effet le chercheur à déposer le postprint de son article (la version finale acceptée) dans une archive ouverte avec un embargo réduit à 6 ou 12 mois, quelle que soit la politique de l’éditeur. Plus les dépôts se font régulièrement, plus on gagne en maîtrise technique et en fluidité. 

Cela dit, les contraintes en faveur de l’Open access viendront de plus en plus des financeurs, au-delà de l’École : l’ANR et l’Europe notamment vont exiger de plus en plus le libre accès tant sur les publications que les ensembles de données. 

Justement à propos du partage des données de la recherche, où en est l'École ?

La Direction de la Documentation a pris le sujet à bras le corps depuis deux ans sur plusieurs volets :

  • le repérage d’entrepôts adaptés aux thématiques de recherche, l'École ayant choisi de ne pas développer son propre entrepôt, mais au contraire de sensibiliser les chercheurs à l’exploitation de l’existant ; 
  • la compréhension des infrastructures techniques mises en oeuvre à l’international pour la conservation des données et du code informatique, leur croisement au moyen des DOIs, leur diffusion et leur valorisation ;
  • l’identification des revues dédiées à la présentation de données dans des data papers ;
  • l’approfondissement des aspects juridiques avec un travail conjoint de la la Direction de la Recherche, du service juridique, de la Direction de la Documentation et avec le concours de 2 avocats spécialisés en propriété intellectuelle et droit public. Il s’agit de déterminer la titularité des droits de propriété intellectuelle, les obligations légales de l’École et les droits des chercheurs en matière de publication des données, ou encore d’identifier les licences applicables.

Ce dernier sujet est nécessaire pour appréhender un contexte complexe et ensuite offrir les sessions de formation des personnels qui doivent le gérer. Ce travail est en cours et fera l’objet d’une prochaine synthèse déclinant principes et position de l'École.

Comment l'École va-t-elle continuer à faire progresser l'Open Science à l'avenir ?

D’abord, l’implication des équipes de la Direction de la Documentation et de la Direction de la Recherche qui travaillent main dans la main au service et à l’écoute des chercheurs est naturellement renforcée par la cohérence de la politique de l'établissement au travers du Mandat pour le partage de la science et d’un positionnement juridique partagé.

Ensuite, chacun pourra bientôt bénéficier de l’apport du référent pour l’intégrité scientifique qui va être nommé à l’École.

Par ailleurs, dans un environnement encore non stabilisé, il conviendra d’assurer veille et vigilance sur les évolutions réglementaires et institutionnelles pour accompagner les changements.

Les pratiques d’Open Science sont un moyen pour l’École des Ponts ParisTech d’accroître l’impact sociétal de sa recherche. Cela contribue à la valorisation de nos réalisations telles que notre participation aux rapports du GIEC, nos apports à la résilience urbaine face aux phénomènes extrêmes, nos analyses en matière de politique publique au service de la transition écologique... D’une façon générale, le libre accès à la production nos chercheurs illustre les contributions majeures de notre recherche sur chacun de nos quatre secteurs socio-économiques stratégiques : Industrie du futur, Systèmes ville et mobilité, Gestion des risques, des ressources et des milieux, Économie, usages et société.